— Oh ! je n’ai besoin d’aucun service particulier, interrompit la comtesse. Je suis venue seule. Et, pour mon service, je m’en tire bien toute seule. J’en ai fait l’expérience…

— Seule… vous ne le serez pas absolument, répliqua la sœur, ce n’est pas notre usage. Une de nos postulantes, sérieuse et confirmée, vous guidera, vous initiera…

— Me permettez-vous de vous demander, ma Sœur, ce que vous appelez une postulante ?

— Les postulantes n’ont pas fait leur profession : elles ne jugent pas, ou leur directeur n’estime pas que leur vocation soit établie… Suivant leur mérite, elles sont affectées à diverses utilités, tout en suivant autant que possible les exercices des novices. Celle que nous vous affectons est tout à fait digne du noviciat… Elle n’hésite que par humilité à faire sa profession.

Il y eut un bref silence. Sœur Incarnation reprit :

— Je vais vous conduire à votre chambre.

De nouveau, ce fut le corridor avec son chapelet de lumières au plafond, puis un escalier bien ciré, garni d’un tapis de jute barré de cuivre au pied des contre-marches.

En atteignant le premier étage, la comtesse se dit : « Je passe la frontière. »

En effet, le corridor où s’engagèrent les deux femmes filait tout droit entre des murs absolument nus, sauf le mot Silence tracé en capitales noires de place en place. Une simple bande de linoléum était collée au parquet ; les portes, à intervalles égaux, portaient des numéros également peints en noir. Une de ces portes s’ouvrit avant que les deux femmes l’atteignissent, et il en sortit une jeune fille de moyenne taille, vêtue de noir à la façon de la tourière, coiffée comme elle d’un simple bonnet blanc, sans ailes, assez semblable à la coiffe des Berrichonnes.

— Tenez, dit sœur Incarnation, voici justement la postulante que notre Mère pense vous donner pour compagne… Madeleine !