La jeune fille s’approcha. Autant que put distinguer la comtesse dans cette demi-clarté, elle avait le teint d’une blonde (on ne voyait pas ses cheveux), des yeux clairs, plutôt gris que bleus, des joues rondes et peu colorées, des traits sans beauté, mais menus et réguliers, d’où la sévérité de sa coiffure n’arrivait pas à bannir une grâce de jeunesse.
La comtesse remarqua le naturel du salut qu’elle lui fit et la franchise du regard qu’elle fixa sur elle. Quelque curiosité juvénile n’était pas exclue du regard, mais quelle attention sérieuse, quel intérêt sincère il exprimait ! Celle qui en était l’objet ne s’y trompa point et, nerveuse comme elle était en cet instant, en fut émue.
— Madeleine, dit sœur Incarnation, c’est Madame que nous attendions et que vous allez assister.
La jeune fille se contenta de sourire à l’arrivante. Celle-ci, soucieuse de répudier les formules de l’amabilité mondaine, dit simplement :
— Je vous remercie, ma Sœur.
Mais la jeune fille répliqua :
— Il ne faut pas m’appeler « ma Sœur ». Je ne suis même pas novice.
— Alors, reprit la comtesse, comment dois-je vous appeler ?
— Madeleine, tout simplement, répondit-elle en riant.
— Conduisez Madame à sa chambre, commanda sœur Incarnation. Elle ne veut pas dîner : elle prendra seulement, avant de se reposer, un peu de thé avec des tartines… A demain, Madame, je vous désire un bon sommeil, sous la protection de votre sainte patronne. Puis-je vous en demander le nom ?