— Je m’appelle Stéphanie, dit la comtesse.

— C’est donc le glorieux saint Étienne, le premier des martyrs chrétiens, que je vais prier tout à l’heure à votre intention.

Elle s’inclina brièvement et s’éloigna. La retraitante, sans s’expliquer pourquoi, sentit au cœur un petit malaise, comme un léger pincement interne. « Mais qu’ai-je donc ? s’objecta-t-elle… Tout se passe comme je l’avais souhaité : très bien… D’ailleurs, je suis libre… »

On eût dit que Madeleine, qui n’avait pas détaché d’elle son regard intense, devinait ce malaise et cette hésitation. Elle osa poser discrètement deux doigts sur le bras de la comtesse, ainsi qu’on ferait pour éveiller un dormeur que le cauchemar agite. Et vraiment, la comtesse Stéphanie sortit d’un songe.

— Je vais vous conduire à votre chambre, lui dit Madeleine.

Cette chambre parut à la voyageuse plus confortable qu’elle ne l’avait prévu : en somme une chambre d’hôtel comme on en trouve dans les stations d’altitude, pourvue du mobilier essentiel en pitchpin, et d’un lavabo à deux eaux courantes. Elle ne put s’empêcher d’en faire la remarque.

— C’est en effet, dit Madeleine, tout en s’occupant d’ouvrir les valises avec la dextérité d’une femme de chambre experte, ce que le couvent peut offrir de mieux à nos dames retraitantes. Nous n’en avons que quatre pareilles. L’agrément de celle-ci est qu’elle donne sur le parc.

Stéphanie s’était assise sur un fauteuil canné placé devant la table ; une soudaine lassitude avait, dès le seuil passé, comme rompu tous ses membres, et, retombée par la fatigue dans le cours ordinaire de ses habitudes, elle laissait la jeune fille se dépenser pour elle, comme elle aurait fait d’une femme de chambre… Avec des gestes précis et délicats, Madeleine vidait les valises, dont elle déposait le contenu, partie sur la toilette, partie sur le lit. La comtesse avait cru emporter le minimum d’effets et d’objets. En voyant à quel point ce minimum encombrait la chambre, elle éprouva de la confusion.

— Je vous en prie, laissez, Madeleine, laissez cela. Je pensais m’arrêter en route chez des parents et m’y débarrasser du superflu, et puis j’ai dû…

Madeleine cessa de ranger, se retourna vers Stéphanie et dit doucement, en la regardant bien en face :