— Mais non !… Seulement vous ne vous rendiez pas compte… Vous avez emporté tout cela parce que vous étiez dans l’esprit du monde… Ici, c’est autre chose. Vous verrez… Dans trois ans, vous porterez encore cette robe que vous avez là… arrangée autrement.

Elle se replongea de nouveau dans les valises. La retraitante resta silencieuse. Cette réponse si simple lui avait porté un double coup. D’abord en dénonçant son mensonge léger ; puis par cette vision de l’avenir déclarée avec tant d’assurance. « Serai-je donc ici dans trois ans ? » songea-t-elle. Et de nouveau elle sentit au cœur le même pincement furtif.

L’ordre mis dans la chambre, les effets rangés dans l’armoire, la jeune fille revint à Stéphanie, qui n’avait pas quitté son fauteuil, toujours accablée de lassitude.

— Voilà… dit-elle. Maintenant je vais à l’office préparer le thé, et dans quelques minutes je vous l’apporterai.

Stéphanie allait dire : « Comme je vous donne de la peine !… » mais cela lui parut soudain une formule vaine et, par conséquent, haïssable. Elle dit seulement :

— Merci.

Déjà la petite coiffe blanche avait disparu, et Stéphanie était seule dans la chambre.

« Mon Dieu, que je me sens brisée ! » pensa-t-elle.

Sa propre pensée la fuyait comme l’eau d’un vase fêlé. Elle voyait sur le fond obscur de ses paupières abaissées la silhouette de Madeleine, fagotée de laine noire, et pourtant gracieuse, continuer de se mouvoir bien qu’absente : seulement, au lieu d’être noire avec l’unique tache blanche du bonnet, la silhouette était toute claire et la coiffe lumineuse. Puis elle perdit entièrement le sentiment de ce qui s’était passé ou se passait autour d’elle. Le même attouchement discret qui l’avait effleurée et réveillée dans le corridor la rappela au sentiment. Cette fois, il la touchait à côté du bracelet de platine. Madeleine était devant elle et disait :

— Voici votre thé !… Il va refroidir.