« Madeleine, pensa-t-elle, Madeleine, avec sa pénétration extraordinaire, a noté le changement qui s’opérait en moi, et c’était son rôle de le signaler au Père Spirituel. Il va me parler de cela et me questionner. Je saurai lui répondre. »

Déjà son âme, pleine du bonheur de l’évasion, n’habitait plus la cellule, ni le couvent.


Malgré la fraîcheur de la température, la fenêtre dans le cabinet du Père était grande ouverte sur le parc. Dès l’entrée de Stéphanie, le Père alla la fermer, puis, revenant à sa table, dit en montrant le fauteuil à bras de bois plat :

— Asseyez-vous, ma fille.

Elle fut frappée de la gravité de son visage, qui contrastait avec une certaine affabilité dans son accueil, plus marquée qu’à l’ordinaire. Elle s’assit. A peine la porte avait été repoussée, elle avait respiré plus à l’aise ; l’oppression qui écrasait sa poitrine avait pesé moins lourd. Quand elle fut assise, elle s’imagina que le Tentateur n’était pas dans la pièce. Pourtant, l’instant avant d’entrer, elle sentait, tantôt à ses côtés, tantôt en elle-même, son souffle impur, qui l’attisait. Maintenant, plus rien. Elle était bien seule avec le prêtre.

Il se recueillait. Son bras se tendit vers un des casiers remplis de papiers, en face de lui ; puis, sans rien saisir, se replia. Stéphanie attendait, jouissant de son relâche et pouvant à peine y croire.

— Eh bien, ma fille, comment allez-vous physiquement et moralement ?

L’idée de mentir ne lui vint même pas :

— J’ai été très heureuse jusqu’à avant-hier, répondit-elle. Oh ! oui ! bien heureuse ! Mais depuis, je suis affreusement troublée.