— Qu’est-ce qui s’est passé ?

Elle raconta. Elle parlait vite, vite, sans beaucoup d’ordre, revenant, pour réparer l’omission, sur ce qu’elle avait dit, se corrigeant, se répétant. Elle semblait vouloir à tout prix utiliser une occasion qu’elle sentait brève, comme ces séquestrés qui profitent d’une visite inopinée pour jeter toutes leurs doléances dans quelques mots en désordre… Le Père écoutait, son masque triangulaire bien immobile, ses yeux ronds fixés sur la pénitente. Mais celle-ci ne fuyait plus leur regard. Elle s’accrochait, au contraire, à ce regard ; il la soutenait, il l’animait.

Quand elle s’arrêta, épuisée par la fougue et l’abondance de son aveu, il lui dit :

— Il n’y a aucune raison de vous alarmer. Vous avez subi une crise qui n’épargne guère les vocations, même les plus fermes. La preuve que cette crise est passagère et guérissable, c’est la façon dont vous venez de déposer ici votre fardeau… avec sincérité… avec ardeur… (il chercha son mot), avec violence. Mais pourquoi avoir attendu que je vous appelle ?

Elle baissa le front sans répondre.

— Alors, reprit le Père dont la voix perdit cet accent presque paternel avec lequel il avait prononcé les autres paroles, si je ne vous avais pas appelée, vous ne seriez pas venue ?… Mais répondez donc ? Vous ne seriez pas venue ?

Elle balbutia indistinctement :

— Je ne pouvais pas.

— Vous ne pouviez pas… ou vous ne vouliez pas ?

— C’était plus fort que moi.