Un silence, durant lequel Stéphanie pensa : « Tiens ?… Madeleine, qui certainement lisait en moi, n’a rien dit à ses supérieurs. »
Et tout haut, d’une voix encore tremblante, mais qui peu à peu s’affermissait :
— Quand j’ai quitté ma chambre, tout à l’heure… et tandis que je me rendais ici… et à la porte même, quand j’ai frappé, quand j’ai soulevé le loquet, j’étais résolue à vous annoncer que je ne finirais pas ma seconde neuvaine, et que je partirais aujourd’hui.
— Tandis qu’à présent ?…
— A présent, je ne sais plus. Quand je serai hors d’ici… quand je serai seule… qu’est-ce qui m’attend ?
— Oui, dit le Père. Je comprends.
Il toussa, gratta de sa main gauche le coin de son cou, et dégagea un peu avec le doigt le col de sa soutane qui le serrait.
— Il y a dans tout ceci, ma fille, quelque chose de visiblement providentiel. Je vous dis tout de suite, avec mon expérience de trente années de direction, que je n’ai aucun doute sur votre avenir spirituel. Avec ses pierres, ses ronces, ses précipices, avec les chutes que vous y faites et que vous y ferez, le chemin que vous suivez vous mène au salut. Ayez confiance : Celui qui vient de vous éprouver vous a donné l’occasion et la force de réagir. Il a permis que vous revécussiez, comme dans un affreux raccourci, tout un passé abominable, pour que l’abomination vous en apparût derechef. Les circonstances de cette épreuve, je le répète, sont providentielles. Ce que les incroyants appellent le hasard ne crée pas de telles rencontres, et, dans celle-ci, on peut vraiment distinguer la main de Dieu. J’ai une grave nouvelle à vous apprendre.
Stéphanie haleta une syllabe :
— Paul ?…