— Oui… Vous savez ?
— Mais non ! je ne sais rien !… Dites.
Il tendit de nouveau la main vers le casier de son bureau, y prit une coupure de journal épinglée sur une feuille de papier blanc : environ trente lignes d’imprimerie.
— Lisez, ma fille.
Stéphanie lut, sautant par-dessus les premières lignes : « On télégraphie de…, etc. », passant vite sur le récit des anciennes aventures du prince, de son propre mariage, de sa fuite à elle et de la fugue du prince avec la Montarena… Elle courut à la substance de l’information. Il y était dit que, « dans un hôtel situé au bord d’un lac italo-suisse, bien connu des touristes, où s’abritait le couple d’amants, le prince s’était frappé lui-même au-dessous du sein gauche avec un stylet — moins une arme qu’un jouet — qui lui servait de coupe-papier.
« Accident, effet d’une chute malencontreuse, dit-on dans l’entourage du prince. D’autres chuchotent : tentative de suicide, et font remarquer que la Montarena avait quitté l’hôtel et passé de l’autre côté du lac six heures environ avant le prétendu accident. Le prince aurait ressenti un vif chagrin de ce départ subit. Son état ne va pas sans inspirer quelque inquiétude. »
Les joues livides, Stéphanie regarda le Père Orban.
— Alors… je pars ?
— Non, fit le Père.
La réponse parut à Stéphanie tellement invraisemblable qu’elle crut l’avoir mal entendue.