— Non, répéta le Père, vous resterez ici.
Elle ne trouva rien en elle-même pour répliquer, pour résister, de cette décision hautaine que tout à l’heure elle croyait avoir reconquise. Tout à l’heure, avant de franchir le seuil, une réplique incisive et un peu ironique aurait jailli de sa bouche. Maintenant elle ne sut que balbutier :
— Mais, du moment que mon mari est en danger…
— Votre mari n’est pas en danger, dit le prêtre.
— Comment ?
— Vous n’avez qu’un mari : il s’appelle Roart de Baurens et, à ma connaissance, il se porte à merveille.
— Pourtant, tout le monde sait que…
— Tout le monde, reprit le Père d’une voix coupante, sait que vous vous êtes civilement séparée de votre mari Roart de Baurens. Mais le lien sacré qui, devant Dieu, vous attachait à lui n’est point rompu. Tout le monde sait que vous avez ensuite vécu en concubinage avec le prince Paul ; appelez ce concubinage du nom que vous voudrez, décorez-le autant qu’il vous plaira de toutes les cérémonies civiles ou soi-disant orthodoxes, votre conscience sait bien que ce fut un concubinage, et abominable : la preuve, c’est que vous venez de me crier votre honte et votre désespoir d’avoir été, depuis quatre jours, submergée par le souvenir de ce concubinage comme par une vague de boue.
Elle eut la force de crier :
— Il m’a aimée !