— Vous appelez cela aimer !

— Je ne peux pas… non… je ne peux pas laisser souffrir… peut-être mourir seul cet être auquel j’ai été unie…

— Unie par quoi ? Par ce qu’il y a de plus méprisable dans l’être humain, par les liens charnels qui soudent une fille et son amant. Et vous étiez mariée à un autre homme, et votre prétendu second mariage n’était qu’un scandale public, aggravé encore par le haut rang des contractants ! Scandale qui a contristé, soyez-en sûre, un grand nombre d’âmes religieuses, et qui en a peut-être incité d’autres au mépris des plus saintes lois conjugales ! Voilà vos liens avec celui que vous nommez votre second mari, liens que vous avez des scrupules à transgresser ! Prenez garde ! Ne vous mentez pas à vous-même. N’appelez pas devoir social, n’appelez pas non plus pitié, même dans le sens purement humain du mot, ce qui n’est probablement qu’un appétit sensuel, et l’espoir humiliant de rentrer en grâce auprès du blessé, pour recommencer l’ignominie à deux, après la convalescence.

Stéphanie se dressa debout.

— Cela, mon Père… non… je vous le jure !

Elle le regardait dans les yeux, et elle y perçut le reflet de l’émotion que sa réplique spontanée causait au prêtre.

— Je vous crois, dit-il.

Se levant, à son tour, il lui prit les deux mains :

— Alors, il faut rester ici. Voilà l’épreuve divine qui vous guettait. Vous serez plus utile à l’âme de ce malheureux et peut-être à son corps par votre sacrifice, par vos prières, par votre obéissance, que par des soins matériels qui ne lui manqueront certes pas. Il faut… il faut que vous restiez.

— Mon Père, objecta Stéphanie, je vous promets de revenir ici dès sa guérison.