Sur le seuil de la chambre du Père, comme elle allait aborder le corridor, elle eut peur, elle hésita.
— Ne craignez rien, lui dit-il. Vous êtes invulnérable.
Elle constata qu’il disait vrai, dès ses premiers pas le long du corridor… C’était une atmosphère épurée qui l’entourait, une atmosphère que nulle présence hostile, même invisible, n’électrisait. Elle pénétra dans l’oratoire tout proche, et y pria baignée d’une paix vague, un peu somnolente, jusqu’à ce que la cloche sonnât le déjeuner.
Madeleine lui apportait toujours le déjeuner dans la chambre. A la fin de la seconde neuvaine seulement, si elle demeurait, elle devait prendre ses repas en silence, avec quelques retraitantes choisies.
Madeleine ne l’interrogea pas sur son entretien avec le Père Spirituel. Elle avait peu de loisir, chargée de suppléer auprès d’une autre retraitante une monitrice malade.
— A quelle heure vous verrai-je un peu longtemps ? demanda Stéphanie.
— Pas avant le souper.
— Bien. J’aurai beaucoup de choses à vous dire. D’ici-là, priez pour moi.
L’après-midi, pour Stéphanie, ne fut pas douloureuse. Le sacrifice accompli engendre l’apaisement. Elle pria avec une ferveur sérieuse qu’elle n’avait pas connue, même au temps des élans mystiques qui avaient précédé sa grande tentation. Le soir la surprit dans cette quiétude.