« Enrico Bertini, représentant de commerce, Rosario. »

Mais elle ne répond toujours rien.

— Si vous n’avez pas de passeport, reprend-il à voix plus basse, on ne vous empêchera pas seulement de passer la frontière, mais on vous fera des tas d’ennuis. Ce serait dommage ; on voit que vous êtes une demoiselle très convenable… Tenez, je puis peut-être vous tirer d’embarras. Voulez-vous venir avec moi dans le couloir, on sera mieux pour causer ?

Elle le suit, sans l’ombre d’une hésitation. Appuyés tous deux à la paroi trépidante, elle l’écoute, il parle :

— Je recrute en ce moment des vendeuses pour le commerce des tissus, en Argentine. Oh ! je ne vous propose pas d’en être… J’ai tout ce qu’il me faut : deux demoiselles françaises avec lesquelles vous m’avez peut-être vu causer. Et je dois en retrouver trois autres, des Italiennes, à Milan ; toutes cinq s’embarqueront mercredi avec moi, sur le Julio Cesare… Alors, vous concevez, nous sommes au complet, et vous voudriez venir que je ne pourrais pas vous emmener. Mais j’ai là, dans mon portefeuille, trois passeports de dames françaises bien en règle : la troisième dame s’est trouvée souffrante au dernier moment et n’a pas pu partir. Si vous voulez en profiter ?…

Il a dit toute cette fin un peu précipitamment, parce que les prunelles gris-poussière regardaient jusqu’au fond de ses yeux à lui, de ses yeux bruns de méridional. Madeleine répond simplement :

— Je vous remercie, monsieur.

Alors, il reprend de l’assurance.

— Vous comprenez… Ce que j’en fais, c’est pour vous rendre service. Moi… je n’ai rien à y gagner… C’est pour vous rendre service…

— Est-ce que j’aurai à répondre ?… ou à signer quelque chose ? questionne Madeleine.