« N’est-ce pas, ma chère sainte patronne, je n’ai rien fait de mal pendant mon voyage ? Alors, je saurai tout à l’heure où je dois aller. »

Et lentement, mâchant les bouchées consciencieusement, elle achevait son repas.

— Madame désire du café ?

Plus tard, elle mit au compte des puissances invisibles qui la guidaient l’inspiration d’avoir répondu :

— Oui.

Car, si elle n’avait pas pris de café (ce qui n’était certes pas dans ses intentions en entrant), elle aurait quitté le restaurant presque tout de suite. Et ce fut au moins cinq minutes après que les deux Français se levèrent, payèrent, et qu’elle entendit au passage l’un d’eux dire à l’autre :

— Tu as vu dans le journal que le prince Paul…

La suite de la phrase fut perdue pour elle. Mais, aussitôt, avec sa décision coutumière, elle se leva et alla, sur la table des Français, prendre un journal qui traînait.

C’était une double feuille de petite dimension, la gazette de la station. Elle était rédigée en allemand et en italien, avec quelques annonces en anglais. Madeleine parcourut soigneusement la partie allemande. Il n’y était pas question du prince Paul. Elle s’appliqua à lire la partie italienne dont quelques bribes lui furent intelligibles : certainement, le nom du prince n’y figurait pas non plus. Et cependant elle était sûre, absolument sûre qu’elle tenait en main le fil conducteur de sa démarche. Il était là, quelque part, dans ces lignes noires, difficiles à lire… Ses yeux recommencèrent le pèlerinage ardu du texte italien. Tout d’un coup, elle fut éclairée intérieurement en lisant ceci :

Noi abbiamo notizie migliori del nostro illustrissimo ospite. La ferita accidentale, che s’è fatto cosi disgraziamente non s’è ancora chiusa e ne soffre ancora. Ma il signor Dottor Burcart che le cura non ha piu nessuna inquietudine. L’illustre ammalato non lasciera il suo appartamento al Palace Hotel se non prima d’esser completamente guarito.