Mais une voix lui répondait:
«Alors tu avais six années de moins; alors tu croyais à l'avenir, à l'amour, à l'art... Tout cela est fini, maintenant.»
Il boucha ses oreilles à cette voix désespérée.
«Hombourg est un lieu de plaisir. Il y a un Kurhaus brillant, des promenades, un théâtre... Il y a les soins de la cure. Cela mangera toujours quelques quarts d'heure.»
Cet aveu implicite le fit tristement sourire. Déjà il éprouvait que le temps, ici, serait plus lent et plus pesant qu'à Paris. Alors, à quoi bon cet effort, le déchirement de ce départ? Les larmes de Julie, il les revit inondant le pauvre visage tendre, et le tremblement de tout ce corps jadis adoré, encore adoré aujourd'hui, hélas! malgré tout. «Ah! je suis un malheureux. Je ne sais que faire du mal autour de moi, surtout à ceux qui m'aiment.»
Il descendit dans la salle à manger. Des flots de soleil clair s'épandaient sur les murailles peintes de nuances vives, sur le poêle monumental de faïence verte, sur les nappes bien blanches et les cristaux bien luisants. Quelques voyageurs isolés, quelques ménages anglais ou américains déjeunaient, l'air quiet et satisfait... Maurice se sentit comme la veille, tout à fait isolé de ces gens: un naufragé sur le rivage de l'île où une vague l'a jeté.
«Je suis seul! tout seul!»
Un sanglot intérieur l'agita. Seul dans la vie, il serait toujours désormais, comme il l'avait été avant de rencontrer Julie. Le souvenir des mois errants qui avaient précédé la rencontre de cette femme lui remonta, malgré la distance des temps, aussi douloureux que sa présente détresse. Il voulut résister: «La détresse actuelle, pensa-t-il, me vient d'être à l'étranger, à l'hôtel, d'être un passant... Après deux repas à table d'hôte je connaîtrai d'autres voyageurs, s'il me plaît... Je connaîtrai des femmes.»
Mais son cœur eut aussitôt une nausée.
«Oh! non, jamais plus... Plus de femmes dans ma vie!...»