—J'aime beaucoup les Français. Ils sont gais, amusants. Malheureux événements politiques!... J'ai connu un temps, monsieur, où dans les rues de Hombourg vous n'entendiez parler que français. C'était le bon temps de notre ville... Le temps des jeux!

Aujourd'hui, c'est à peine si vous trouveriez dix de vos compatriotes pendant la saison. La politique, naturellement! Tout cela est bien triste. Mais vous verrez tout de même que Hombourg est charmant. Et vous êtes venu prendre les eaux?

Maurice hésita.

—Oh! je ne suis pas malade. Seulement... j'ai les nerfs un peu fatigués... Quelques insomnies. Et l'on m'a dit que le régime des eaux me ferait du bien.

—Ah! reprit Hœflich en frappant amicalement sur le genou de son client! Ah! c'est la vie de Paris qui fait mal aux nerfs. J'ai vécu à Paris, moi, monsieur. J'ai passé quatre ans à Paris... De 1860 à 1864... Connaissez-vous M. Lécuyer? Non?... Le docteur Roudille? Non plus? C'étaient des amis; ils étaient très gais. Et les femmes! Mme Schneider! Mlle Cora Pearl? En voilà qui étaient gaies, elles aussi! Est-ce qu'elles sont toujours à Paris?

Il demandait ce renseignement avec un intérêt réel, comme s'il se promettait de rendre visite à ces débris de l'Empire, lors d'un prochain voyage outre-Rhin.

—Non, fit sèchement Maurice. Elles sont mortes.

—Mortes! Vraiment! Ces jeunes femmes si belles, si gaies! Ah! ceci prouve bien qu'il ne faut pas abuser de la vie, ni jouer avec sa santé... Je vois votre maladie à vous, monsieur. Vous avez abusé des plaisirs de Paris—ceux de votre âge: je veux dire, Mabille, la Grande-Chaumière, les Frères Provençaux...

Maurice ne put s'empêcher de sourire. Lui qui se couchait chaque soir avant minuit, qui n'allait même plus au théâtre, qui mangeait et buvait comme une femme!