Il se levait, il allait courir au télégraphe. Mais non! Déjà il s'arrêtait, figé par il ne savait quelle appréhension de difficultés matérielles. Il se représentait la dépêche arrivant à Paris, la stupeur d'Esquier, de Rieu.
Et le visage en larmes de Julie lui apparut.
Toute la nuit s'écoula en des alternatives de décision et d'abattement. Il écrivit deux lettres pour Claire, dans lesquelles il lui demandait humblement de ne pas s'engager, d'attendre... À peine écrites, il les déchira. Attendre! Attendre quoi? Seule la mort délie des liens comme ceux qui l'enchaînaient à Julie. Tout au plus pouvait-il murer la vie de Claire, comme sa propre vie. Faire un cœur malheureux à l'image du sien? À quoi bon?
«Mon devoir est net. Je me dois à Julie, qui m'a donné le meilleur d'elle-même et qui, si je la délaisse, n'aura même plus la consolation d'être aimée, comme Claire, par un être qu'elle n'aime pas... Pauvre Julie! Ah! que n'est-elle, du moins, près de moi!»
Le petit jour luisait; quelques bruits de réveil se faisaient entendre dans l'hôtel... L'affreuse nuit avait exaspéré la fatigue de Maurice, et il avait une pesante envie de dormir. Tout à coup, une idée lui vint; il s'y accrocha en désespéré. Avant tout, il fallait n'être plus seul; il fallait une garde auprès de sa fièvre...
«Je vais envoyer à Julie une dépêche, en la suppliant de venir me rejoindre. Surgère est absent; et puis, qu'importe? Julie est libre... Elle viendra.»
Il écrivit aussitôt:
«Venez. Je suis affreusement seul et triste. J'ai besoin de vous. Venez.»
Dès qu'il entendit un pas dans le corridor, il ouvrit sa porte et donna la dépêche au domestique qui passait.
La porte refermée, il fut à la fois soulagé et brisé. Il ne doutait pas que Julie ne vînt, quand même tous les obstacles entraveraient son départ. «Elle viendra... Elle sera là, près de moi.» Comme d'une patrie lointaine, il perçut l'approche de ces bras maternels, de cette chère poitrine où il avait tant de fois abrité sa fatigue, son inquiétude. À la douceur de ce rêve, ce qui lui restait de force s'alanguissait, s'épuisait. Il se jeta sur son lit et, tout de suite, parti pour ce pays mystérieux, voisin des régions de la mort, où rien ne parvient plus des bruits ni des pensées de notre monde vivant.