destinée pour leur rencontre, tout concourait à faire de cette rencontre quelque chose d'inexplicable sans l'amour, dont l'amour était le nœud, la raison d'être.

Mais quand, au tournant de la voie, le train tordit son ruban noir, quand l'instant d'après il stoppa devant le quai, quand Maurice aperçut une main qui s'agitait, un visage anxieux qui se penchait, quand il fut près d'Elle, d'un bond, d'un élan irréfléchi, fougueux,—tout s'abolit dans la joie du retour, de l'enlacement, du refuge dans le sein chéri... Le train avait repris sa course le long du Rhin, qu'ils n'avaient point encore trouvé de paroles, qu'ils s'étaient à peine regardés, tout entiers à la passion de cette étreinte, où ils versaient toute leur tendresse, toute leur tristesse, toute leur humanité.

Ils étaient seuls dans le coupé. Comme deux miroirs en face l'un de l'autre, leurs visages leur renvoyaient l'empreinte des jours d'agonie. Quelques jours seulement: et cette empreinte était si affreusement marquée que ni l'un ni l'autre n'osèrent se le dire.

Maurice ne trouva que ce balbutiement:

—Pardon! Pardon!

Oui, pardon! Il voulait être absous de l'avoir, elle, qu'il aimait tant, frappée, meurtrie. En la voyant si bouleversée, il l'adorait davantage: la triste destinée de l'amour féminin lui apparaissait, sa passivité navrante, à la merci des caprices de l'amant.

—Pardon! Pardon!

Le train fuyait le long des rives légendaires, le long des rochers aux crénelures romantiques, des châteaux d'épopées, des cavernes où les poètes entendirent chanter des sirènes... Encore une fois, le couple d'amants s'était rejoint, leurs bras se nouaient passionnément, comme naguère. Certes, aux premières minutes, il fut absent d'une telle étreinte, le capricieux et périssable amour chanté par les poètes, l'attrait des yeux pour les yeux, des lèvres pour les lèvres! Ce qui les enlaça éperdument, ce fut le besoin d'un asile à leur détresse. Leur rencontre ne supprimait ni le chagrin, ni l'inquiétude; mais, de la tendresse irrécusable dont elle témoignait, ils se sentaient mieux armés pour la lutte. Et ils s'embrassaient sans cesse.

Maurice dit gravement à Julie, lui tenant la main: