Dans la demi-clarté du salon mousse, elle l'aperçut, étendue sur une chaise longue.

Était-elle vraiment assoupie, ou feignit-elle de se réveiller? Julie la vit si pâle, si affaiblie et comme diminuée qu'elle redevint pour elle, aussitôt, l'affectueuse et pitoyable mère de toujours:—On me dit que tu es souffrante, chérie?...

Elle avançait les bras... Claire hésita imperceptiblement, puis se laissa prendre et embrasser, sans abandon. Mme Surgère sentit le raidissement de ce corps flexible sous son étreinte, et sous son baiser la retraite du front. Esquier était entré et, distrait, feuilletait la partition ouverte sur le pupitre du piano.

Claire demanda:

—Vous êtes en bonne santé?

—Oui, moi, je vais bien, répliqua Julie gênée par les yeux fixes, si noirs, de la jeune fille. Mais c'est toi, mignonne, qui es souffrante, à ce qu'on me dit?...

—Oh! non! je ne vais pas mal, je n'ai rien... je n'ai rien, je vous assure...

Elle détournait à demi la tête, jetait les mains en avant, comme pour éloigner à la fois la curiosité et la pitié. Julie comprit qu'elle n'avait aucun droit à combattre, à consoler cette douleur innocente, dont elle était la cause. De nouveau elle eut conscience que les jours d'inquiétude passive étaient finis, qu'elle entrait dans la crise violente, après quoi son amour triompherait ou serait vaincu.

Un silence, dont ils souffraient tous trois, semblait élargir l'espace autour d'eux. Esquier, pour en finir, proposa: