—Oh! fit Rodin... un quart d'heure, une demi-heure au plus, si les observations ont été faites soigneusement. Est-ce que notre confrère est là?
—Daumier? Il est installé dans le cabinet de travail, il s'en est fait un petit laboratoire.
—Alors, madame, un quart d'heure nous suffira.
Ils saluèrent Julie, et descendirent, suivis d'Esquier. Julie, avant de quitter Claire sur cette première entrevue, voulait emporter d'elle un mot de pardon. Elle rentra dans le salon mousse. La jeune fille n'avait pas quitté la chaise longue. Elle y était assise, les mains dans le creux des genoux, en une pose de rêverie profonde.
«Moi, pensa Julie, je n'ai point de haine contre elle. Je voudrais qu'elle oubliât, qu'elle fût heureuse... et je ne pourrai pas être tout à fait heureuse, à cause d'elle, même si....»
Elle n'acheva pas sa pensée. Claire, l'apercevant, leva vers elle son visage, sur lequel un voile semblait tendu.
—Claire, ma mignonne, pourquoi ne voulez-vous pas me dire votre mal?
Elle eût souhaité la confiance et la confidence de l'enfant, une explication sincère, une communion de larmes. Malgré sa rancune, Claire sentit bien que cette âme lui était ouverte. Elle répondit doucement:
—Je vous assure que je n'ai rien, madame... Je ne saurais pas dire ce que j'ai, du moins... C'est un malaise, une tristesse, il faut que je me résigne et que j'attende. Cela passera.
—N'avez-vous pas vu M. de Rieu, aujourd'hui? questionna Julie.