—Au salon, mademoiselle.

—Dites que j'y vais.

Puis, se ravisant, comme Mary s'éloignait:

—Non... Amenez-le plutôt ici.

Elle venait de penser qu'une explication définitive et franche devenait nécessaire, et que dans ce coin de solitude, respecté maintenant par Julie elle-même, leur entretien serait plus tranquille... Quelques instants encore, et Rieu arrivait. Il était un peu pâle; son abord fut embarrassé, et quand la jeune fille l'eut fait asseoir sur un fauteuil de paille, près de sa guérite, il ne se remit pas tout de suite.

Il la regardait penchée sur le canevas qui tremblait dans ses doigts, ses cils agités voilant ses grands yeux. Ces yeux trop grands et trop noirs, les dents trop blanches, la peau trop fine,—tour à tour, au caprice des émotions, pâle comme une feuille de camélia ou inondée de rougeur; je ne sais quel contraste violent entre cette pâleur transparente du visage et l'encre noire des bandeaux; la maigreur des bras sur lesquels flottait l'étoffe du corsage; la maigreur des mains où les doigts semblaient si frêles, prêts à se casser comme des tiges de verre,—tout révélait la jeune fille consumée par le dedans, approchée du moment où la flamme de l'âme brûlerait l'enveloppe.

À la voir ainsi consumée, une telle détresse le pénétra qu'il pensait: «Tout vaut mieux que son chagrin... Mieux vaut que je souffre, moi, que de la voir souffrir à cause de moi.» Entre les deux tortures: souffrir de la perdre, souffrir de la voir souffrir, véritablement la première lui semblait la plus tolérable.

Leurs pensées, lourdes d'anxiété, avaient fait entre eux le silence. La présence de Rieu mettait Claire en face du problème qu'il fallait résoudre, enfin: le mariage, c'est-à-dire l'adieu au rêve, le renoncement. Que faire? Le temps était venu de décider. L'imminence de cette nécessité apparut à la jeune fille, et malgré l'effort qu'elle fit pour se maîtriser, la torture de la crise contracta son visage.

Rieu lui saisit les mains:

—Vous souffrez! vous souffrez! Qu'est-ce que vous avez? Parlez-moi!