Elle faisait: «Non!» de la tête, mais ses joues pâlies encore par l'inspiration du cœur, le tremblement de ses lèvres, la mort de son regard, de ses membres abandonnés, disaient son angoisse.
—Je vous en prie, suppliait Rieu. Répondez-moi! Dites-moi ce qu'il faut que je fasse, je le ferai... Est-ce parce que je suis là que vous avez mal? Je vous voudrais si heureuse, moi! Je voudrais ne servir dans votre vie qu'à vous aplanir le chemin... Dites, Claire... Parlez-moi! vous ne me traitez pas comme un ami...
Il était penché sur elle. Renversée sur le dossier de la bergère d'osier, il la voyait comme à demi morte, et de la voir ainsi, l'ombre même du désir se dissipait en lui: il n'y demeurait qu'une adoration intense, une pitié affolée, le besoin de s'immoler à elle, pour la ramener à la vie.
Lui aussi connut, à cette minute, le vertige du sacrifice:
—Écoutez, Claire, dit-il gravement, comme on prononce un vœu qui enchaînera toute la vie. Je ne sais pas si votre mal vient de ce que je suis là, ou de ce que... de ce qu'un autre est loin... mais, je vous en prie, dites-vous bien que je ne veux pas gêner votre espoir, même le plus incertain. Tout ce qui a été convenu entre nous, toutes les promesses, si vous répugnez à les tenir, c'est nul, cela ne compte pas... Vous êtes libre...
Et, à mesure qu'il parlait, il avait l'effroyable satisfaction de constater que ses paroles étaient efficaces, et ranimaient la jeune fille. Elle rouvrait les yeux, elle le regardait avec un attendrissement rassuré... un peu de sang animait ses joues. Pourtant, elle eut honte d'accepter cette immolation.
—Je tiendrai ce que je vous ai promis, murmura-t-elle... Si j'ai tardé à vous en reparler, c'est que je suis souffrante, vous le voyez... Mais laissez-moi le temps... le temps de me rétablir... Je n'ai rien oublié. Je tiendrai ma promesse.
Rieu secoua la tête.
—Vous n'avez rien promis, ou plutôt, quand vous avez promis, vous ne vous connaissiez pas vous-même, vous ne saviez pas... Je ne veux pas profiter d'une surprise. Je n'y ai pas de mérite: c'est ce que je dois faire.