Il lui prit les deux mains.

—Gardez-moi bien cette affection, ce sera le moyen qu'en pensant à vous, plus tard, je me trouve encore votre débiteur... Je ne sais pas ce que sera ma vie. N'importe où elle tourne, la pensée que vous vous souvenez affectueusement de moi me soutiendra.

Ils se regardèrent longuement sans parler; de trop grosses pensées roulaient dans leur cerveau: aucun mot n'aurait pu les traduire. Claire songeait: «Pourquoi une force est-elle en moi, je ne sais laquelle, plus forte que ma volonté et que ma raison? Celui-ci m'aime, je le sais; il n'a rien pour déplaire, il est bon, il est admirable, et je lui fais du mal pour l'autre qui ne le vaut pas, qui ne m'aime pas!...»

Elle fut un instant sur le point de se reprendre, de dire: «Si,—décidément, j'accepte, je suis votre femme.» À ces tournants de la vie, il suffit d'un choc léger pour faire chavirer nos décisions. Ce fut le choc d'un souvenir qui lui traversa l'esprit, sans cause: elle avait surpris, la veille, Julie lisant dans le petit salon une lettre où elle avait reconnu l'écriture de Maurice. L'instinct de rivalité réveillée triompha. Elle garda le silence.

—Adieu, fit Rieu, simplement.

Claire demanda:

—Vous partez! Restez encore un peu avec moi!

—Non, répondit le jeune homme. Je ne veux pas rester. Laissez-moi partir, ne plus vous voir pendant quelque temps. Si je restais ici, la force me manquerait... Adieu.

—Comme vous souffrez! murmura-t-elle.

Il répliqua: