—Oh! mon père! interrompit-elle... vraiment, je ne crois pas que vous vous représentiez exactement comme je l'aimais. Je pensais à lui constamment; tout m'ennuyait quand il n'était pas près de moi, et dès qu'il y était, je n'avais aucun besoin de distraction pour être heureuse. Bien sûr, je n'aurais jamais rien su lui refuser. Mais il me semble bien que c'était surtout de le voir heureux que j'étais heureuse!... Oui, c'est cela. Je vivais pour lui: et j'avais tant de joie à penser que c'était par moi qu'il était heureux!

—Ma pauvre enfant! reprit l'abbé, sentant qu'elle échappait au remords, envahie par l'attendrissement des souvenirs... vous avez été très coupable...

Il y eut un silence, troublé seulement par les sanglots de Julie.

—Et c'est un réveil spontané de chasteté qui vous a décidée à revenir me trouver, à demander asile à Dieu contre ce crime?... Ou bien, est-ce que ce sont les événements?...

—Mon père, ce sont les événements. Il ne m'aime plus.

Alors, ce mot lâché, toutes les écluses de son chagrin cédèrent ensemble... Elle sanglota, dévêtue de la pudeur même de sa douleur, disant seulement, parmi ses larmes: «Il ne m'aime plus! Il ne m'aime plus!...»

—Levez-vous, mon enfant, lui dit l'abbé... Et venez vous asseoir ici... Vous êtres trop bouleversée pour rester à genoux.

Il tira d'un des tiroirs de son bureau le flacon de sels, toujours prêt pour les évanouissements, le livra aux mains de Julie. Elle le respira longuement. Quand elle fut plus calme, elle parla, d'elle-même, sans qu'il fût besoin de la questionner. Elle raconta l'histoire de sa chute, le temps de possession sans partage, puis le retour de Claire, les secousses qui avaient précédé l'arrachement définitif, le voyage d'Allemagne, la catastrophe...

L'abbé Huguet l'avait écoutée sans l'interrompre. Quand elle eut fini:

—Et maintenant, demanda-t-il, avez-vous tout à fait renoncé à votre péché?