—Oh! ne faites pas cela, Yù, je vous en conjure; je serais trop malheureux!

Elle ne se défendit pas, cette fois. Elle laissa cette jolie tête arabe s'appuyer sur elle, et comme les doigts de Maurice s'agitaient, cherchant leurs compagnons ordinaires, elle lui livra ses doigts.

Maurice répétait:

—Dites-moi que ce n'est pas vrai, Yù, que rien n'est changé, que vous ne me repousserez plus comme tout à l'heure?

Quand il lui parlait ainsi avec un abandon, avec des intonations et des gestes puérils, elle ne savait plus se défendre. Déjà sa conscience complice fléchissait, murmurait:

«Vois comme il t'aime: c'est un enfant, pas un amant; où est le danger?»

Elle eut cependant un ressaut d'énergie et, sans désenlacer ses doigts, elle dit:

—Écoutez-moi, Maurice... C'est vrai, je suis allée aujourd'hui rue de Turin, et j'ai vu l'abbé Huguet. Mais je l'ai fait parce que j'étais décidée à m'examiner, à me reprendre moi-même, après ce qui s'était passé hier, entre nous... Croyez-moi, mon cher ami... Je ne puis pas continuer de vivre comme je le fais près de vous... C'est trop périlleux pour nous deux, et je n'ai pas le droit de disposer de moi.

Elle attendait une objection, une réponse de Maurice... Mais il ne dit rien, gardant sa pose pelotonnée d'enfant boudeur et tendre. Elle reprit:

—Je me suis promis à moi-même... bien avant de l'avoir promis à... (elle hésitait devant ce grand nom que Maurice accueillit par un mouvement d'épaules)... à Dieu... de ne pas vous laisser... et me laisser... glisser sur cette pente.