Il ne répondit rien, cette fois encore, pressant seulement les doigts de son amie. Et sa pression disait: «Parlez, parlez; je sais bien que vous m'aimez, et que, tout de même, vous êtes à moi.» Ah! combien c'était vrai. En même temps que les lèvres de la pauvre femme débitaient ces paroles sages, elle s'épouvantait intérieurement de leur inanité; elle s'apercevait qu'elles ne convainquaient ni Maurice, ni elle-même. Hélas! ils étaient trop avant dans l'amour l'un de l'autre; pouvaient-ils, en un jour, sur un simple effort de volonté, ne plus s'aimer?...
Elle tâcha pourtant de continuer:
—Je suis la plus faible, mon ami, je le sais. Je n'ai aucune force de résistance; tout ce que vous désirez, je sens que mon cœur se déchire à vous le refuser... Sauf, cependant, si vous me demandez de ne plus être une honnête femme...
—Je vous aime, balbutia Maurice d'une voix imperceptible.
Et comme il levait un peu la tête vers elle, sollicitant une caresse, elle lui donna seulement ses doigts à baiser. Il les suçait l'un après l'autre, comme des friandises. Julie poursuivit, sans apercevoir l'opposition entre les mots qu'elle disait et les caresses qu'elle tolérait:
—Peu à peu, nous avons laissé dévier notre affection, mon ami. Moi, je vous aimais comme une mère: j'ai près de deux fois votre âge...
—Ne dites pas cela, c'est absurde! fit violemment Maurice. Je ne veux pas que vous disiez ça!
Elle n'insista pas, elle comprit que véritablement elle froissait un des sentiments les plus susceptibles du jeune homme, qui ne voulait pas la voir moins jeune que lui-même. Elle se tut, un moment désorientée dans le sermon qu'elle méditait. Maurice, qui la regardait, aperçut tout de suite son avantage.
—Eh bien, soit, fit-il. Où voulez-vous en venir? Je ferai ce que vous voudrez.
Dès qu'il eut dit ces mots, la chose qu'elle allait lui demander lui parut énorme, pas demandable, pas accordable.