Ne me chassez pas. Que ferais-je loin de vous? Si encore on pouvait mourir, tout de suite. Mais il faudrait vivre et je n'en ai pas le courage!
Elle le serra dans ses bras avec passion. Ils avaient atteint, l'un et l'autre, ce degré d'exaltation sentimentale, où l'amour seul ne hausserait pas deux êtres humains: il faut encore que la souffrance les émacie, broie leurs sens, ne laisse pour ainsi dire subsister que deux âmes...
Déjà ce n'était plus soi que chacun d'eux aimait: chacun aimait l'autre avec abnégation et se sentait prêt à tout immoler pour le sauver et le combler. Julie eût consenti tous les sacrifices, celui même de sa foi religieuse et de son honneur. Si Maurice lui eût dit: «Jurez-moi que vous n'irez plus à l'église, que de votre vie vous ne parlerez plus à un prêtre,» elle l'eût juré avec la conscience qu'elle mettait le pied dans l'enfer. S'il lui eût soufflé cette prière: «Sois à moi, donne-moi ton corps,» elle eût livré ce pauvre corps défaillant. Mais Maurice n'avait ni l'envie ni la pensée de lui demander pareilles choses. Un seul désir, en lui aussi, subsistait: la contenter, la calmer, la voir heureuse. Il sut trouver les mots qu'il fallait.
—Que voulez-vous de moi, disait-il. Je vous jure de ne plus jamais vous troubler, comme je l'ai fait... Voulez-vous que je renonce même à ce que vous m'accordiez autrefois?
Elle répondait doucement:
—Non... non... il ne saurait être mal de nous aimer. On peut aimer d'une façon tout à fait pure, qui ne donne pas de remords...
Elle pensait à sœur Cosyma, aux chères et ignorantes tendresses d'autrefois. Et Maurice, à ce moment-là, les crut possibles lui-même, ces tendresses sans corps qu'il eût raillées la veille, avec la consomption de sa chair par une nuit d'anxiété.
Il demanda timidement:
—Me permettrez-vous encore de sortir avec vous, de vous accompagner?...
—Oui... répondit-elle. Tout... Tout ce que vous voulez. Je suis sûre de vous, à présent.