Alors, dans ce silence absolu, un léger frôlement le fit tressaillir.
Claire était là, derrière lui, appuyée contre le piano: elle était là certainement avant qu'ils n'eussent passé; certainement elle les avait vus.
Maurice marcha vers elle.
—Qu'est-ce que tu fais ici? dit-il brusquement. Pourquoi n'es-tu pas couchée?
Pâle comme une sainte de cire, elle dit:
—J'avais oublié mon éventail... vous voyez.
Il l'observa un instant, défaillante, comme terrifiée de ce qu'elle avait vu... Quelle vague intérieure le souleva, en cette minute où ils se regardaient, face à face, brûlés tous deux par l'émotion? Ce fut l'exaltation du triomphe, un besoin d'user une force de victoire énorme qu'il sentait encore palpiter en lui, la certitude qu'en ce moment rien ne lui résisterait... Il s'approcha de Claire: elle ne bougeait pas, hypnotisée par son regard.
Il s'approcha plus près encore; il lui toucha les lèvres de ses lèvres, d'un baiser immobile, d'un baiser de maître qui commande, d'un baiser posé, sur cette bouche froide, comme un sceau plutôt que comme une caresse.
—Va, lui dit-il doucement ensuite, va dans ta chambre, mon enfant.
Elle ne répondit pas.