Elle obéit.


DEUXIÈME PARTIE

I

rois années avaient passé. Mai s'achevait.

Trois années depuis le matin de bal où, dans la même heure, Maurice Artoy devenait l'amant de Mme Surgère et scellait d'un baiser de maître les lèvres de Claire Esquier.

En regagnant sa chambre, ce matin-là, grisé d'orgueil, mais pourtant lucide, il avait entendu la voix d'un pressentiment lui murmurer: «Ton avenir désormais est lié à l'avenir de ces deux êtres qui t'aiment, qui t'aimeront uniquement, toujours!» Et vraiment, au cours des trois années échues, ni l'une ni l'autre n'avaient déserté sa vie ou sa pensée. L'une fut la compagne de chaque jour, et peu à peu comme l'épouse. L'autre,—la jeune fille,—il l'avait plus rarement aperçue; jamais sa présence ne fut indispensable à son bonheur actuel; mais en aucun jour de ces trois années il ne la sépara du rêve d'amour définitif, d'avenir lointain qu'il portait en lui.

Aujourd'hui, tandis qu'il s'attardait, une cigarette aux lèvres, devant la table où il venait de déjeuner, seul, dans son appartement de la rue Chambiges, c'était encore à elles deux qu'il songeait. Il ne les opposait plus l'une à l'autre, comme autrefois; il ne renouvelait pas les imaginations perverses de son adolescence. Du libertinage artificiel, l'amour de Julie, si franc, si simple, si sain, l'avait vite guéri; et le projet qu'il avait pu former: mener de front les deux intrigues, s'étiola bientôt, plante parasite, sans racines profondes dans son cœur. N'était-il pas, comme tant de jeunes hommes de sa génération, un Valmont incomplet, capable de concevoir et de souhaiter les extrêmes libertinages, mais sans courage, même pour la débauche?