Elle s'isola dans un coin bien obscur, elle s'agenouilla; elle commença des prières. Mais ses lèvres seules priaient: elle était trop inquiète; un pressentiment trop net lui dénonçait le péril. Malgré son effort, elle ne parlait pas à Dieu; elle réfléchissait.

Elle revoyait Maurice tendre et distrait, ses plus vives étreintes subitement glacées par une absence de la pensée. Ç'avait été plus manifeste aujourd'hui qu'hier; hier plus qu'avant-hier; une suite de menus incidents, conservés dans sa mémoire, jalonnaient dans le passé récent le chemin par où les soupçons lui étaient venus. Quel rêve troublait donc le jeune homme, qu'il ne lui confiait point? Il lui disait tout, depuis longtemps, graves soucis, ennuis légers.

«Une femme... Il y a une femme entre lui et moi.»

Souvent déjà cette idée d'une infidélité possible de Maurice lui avait traversé l'esprit. Elle en avait souffert, certes, moins pourtant qu'elle ne souffrait en imaginant qu'une autre femme pourrait, un jour, lui prendre la pensée de son ami, remplir son cœur, y régner comme elle. D'ailleurs ces doutes n'étaient jamais de longue durée, probablement comme les caprices de Maurice. Elle le retrouvait bientôt plus ardemment à elle, plus épris du refuge de ses bras et de son sein. Alors, qu'importait? Elle se sentait victorieuse, toujours la Maîtresse.

Hélas! Cette fois, elle hésitait, elle n'avait plus confiance dans la victoire. Pourquoi? Oh! elle n'aurait rien su dire de précis, mais c'était un sentiment si puissant!

«Il rêve de me quitter, mon Dieu! mon Dieu!»

Elle avait beau se raisonner, se répéter que Maurice demeurait en somme tendre comme autrefois. Sa conscience d'amoureuse répliquait: «Je suis sûre, sûre!...» Dans la demi-nuit de cette chapelle, elle se mit à chercher obstinément, à chercher un nom.

«Si je la connaissais, au moins!... Mais je n'ai pas d'amies.»

En effet, les quelques femmes qui assistaient au dîner du mardi, les visiteuses du jeudi, n'étaient pas des amies. Il n'y avait plus de place depuis longtemps dans la vie de Julie, pour les minutes vaines que les femmes donnent aux femmes.

«Je n'ai pas d'amies. Mais lui va dans le monde... C'est là qu'il a rencontré cette femme.»