Ils se quittèrent.


IV

Le rapide du Nord emportait Maurice, à demi dévêtu, déroulé dans les couvertures sur la couchette du sleeping. Au tangage du train, il laissait bercer le chagrin dont il sentait meurtris ses membres et son cerveau.

Malgré tout, c'était encore une allégeance, une libération, cette morne et douloureuse fuite dans la nuit.

«J'ai laissé derrière moi ce qui me tourmentait le cœur, pensa-t-il. Quel que soit l'avenir, il vaudra mieux que ce que je quitte.»

Trois fois vingt-quatre heures s'étaient écoulées depuis l'instant où il avait décidé son départ. En resongeant à ces trois journées, le déchirement de la lente séparation lui faisait mal, comme si vraiment elle recommençait. L'appartement de la rue Chambiges était là, devant ses yeux fermés, où des larmes séchaient. Un roulement de timbre électrique... il allait ouvrir: c'était Julie. Leur longue communion avait si parfaitement, l'un pour l'autre, éclairé leurs deux âmes, que tout de suite elle lisait dans les yeux de Maurice l'affreuse menace,—entendait le craquement de ce cher édifice, toute sa vie, à elle! qui était leur amour. D'un mouvement de révolte, bien rare à sa douceur, elle se dérobait au baiser qu'il voulait lui donner:

—Qu'y a-t-il?

Il essayait de retarder l'aveu.