-- Mlle Etienne Duroy, un de mes amies de pension.

-- Vous êtes au théâtre, mademoiselle ?

-- Non, madame... pas encore.

-- Nous la ferons connaître, n'est-ce pas, madame ? reprit Maud. Elle s'accompagne admirablement avec la guitare.

-- Oh ! cara ! la guitare ! je l'aime tant... Mais tout de suite il faut faire cela, un concert, un grand concert... Je chanterai... et vous aussi, Cecilia, n'est-ce pas ? Quand le donnons-nous, Maud ?

-- Nous y songions, répliqua Maud en souriant. Ce sera pour le mois de mars ou le mois d'avril prochain. Nous inaugurerons le grand hall, vous savez ? le hall mobile.

-- Je crois bien... Un hall admirable, Cecilia, la moitié de la Scala... Cela se monte avec un ascenseur. C'est un appartement... prodigieux, merveilleux, regardez, Cécile. E come bèn accommodato !... Gosto inglese...

Elles se mirent à parler italien, Mme Ucelli faisait admirer à son amie le goût singulier, bien moderne, des tentures et du mobilier. Maud, à mi-voix, disait à Etiennette:

-- Je l'ai en horreur, et au fond, elle m'exècre, à cause de Julien qui a été obligé un jour de la mettre de force hors de chez lui... Oui, ma chérie. Ah ! c'est un vrai tempérament, celle-là, une âme à deux sexes également impérieux. Elle m'exècre; elle corrompt mes gens pour m'espionner: plus d'une fois je l'ai surprise ici en conférence avec Betty ou Joseph. N'importe, si elle peut vraiment chanter à la soirée, cela attirera du monde. Tu lui as plu, parce que tu es jolie... Ne la vois pas trop: vous vous brouilleriez vite.

-- Tu es un amour, répliqua Etiennette. Merci. Je m'en vais tout heureuse... Merci, du fond de mon coeur. Quel dommage que je ne puisse te servir en rien !