L’autre soir, chère enfant, à une représentation de Quo Vadis? tandis qu’évoluaient sous nos yeux les couples voluptueux de «l’orgie romaine», j’eus une distraction. Je me rappelai qu’un certain mercredi, au parloir de l’institut Berquin, où votre amie Lucie Despeyroux, Mme Le Quellien, vous et moi-même formions un groupe assez bavard dans un coin de la salle du fond, l’entretien était venu au fameux roman de Sienkiewicz. Par-dessus les murs austères bâtis par Mme Rochette, le renom de ce triomphe universel avait pénétré jusqu’aux oreilles des pensionnaires. Quelques-unes avaient lu le livre, profitant d’un jour de sortie: elles en avaient raconté l’intrigue aux autres. Ursus, Lygie, l’Arbitre étaient familiers à Lucie et à vous, qui pourtant n’aviez point tenu le blanc volume entre les mains.

—Vous l’avez chez vous, monsieur? me demanda Lucie en chargeant son regard ambré d’une irrésistible prière.

Je feignis de ne pas comprendre son désir. Je répondis:

—Oui... Je crois.

—Oh! vous me le prêterez?...

Il est difficile de refuser quelque chose aux regards suppliants de votre amie Lucie... Mme Le Quellien me tira d’embarras en me demandant à son tour:

—D’abord, est-ce un livre pour les jeunes filles, ce Quo Vadis?

Lucie éclata de rire, et vous l’imitâtes, Françoise.

—Cette maman! Elle a peur de tout!... Quo Vadis? est un livre tout ce qu’il y a de plus moral, presque un livre de piété... N’est-ce pas, mon oncle?

Je réfléchis un instant. Enfin, pressé par vos questions étonnées, je trouvai cette piteuse réponse: