Au commencement d'avril, le duc de Bourgogne était rentré dans ses Etats pour le mariage de son fils Antoine[740]; il n'y était pas depuis deux semaines qu'il apprenait la nomination de Louis d'Orléans à la charge de «souverain gouverneur des Aides pour la guerre en Langue d'oïl[741]». Cette fois, Isabeau n'avait pas tenu la balance égale entre l'oncle et le neveu[742]. Peu de jours après l'entrée en charge de Louis, la levée d'une aide pour la guerre contre l'Angleterre était ordonnée.
[740] Religieux de Saint-Denis..., t. III, p. 25.—Antoine de Bourgogne était fiancé, depuis février 1393, à Jeanne de Luxembourg, fille de Walleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol (le Père Anselme, Histoire Généalogique, t. I, p. 248).
[741] Jarry, Vie politique de Louis d'Orléans, p. 264-267.
[742] Le consentement d'Isabeau à cette élévation de son beau-frère avait peut-être pour but de le dédommager des difficultés qu'elle lui créait dans les affaires extérieures, ou bien comme il s'agissait des aides, c'est-à-dire des finances, elle tenait à ce qu'elles fussent remises aux mains du prince qui en comprenait l'administration exactement comme elle!
A cette nouvelle, Philippe éclata[743].
[743] Jarry, Vie politique de Louis d'Orléans, p. 264-267.
Quand la Reine apprit que le duc de Bourgogne blâmait cet impôt en termes amers, insistant sur ce que le Royaume était épuisé par la récente épidémie, les exactions et les folles largesses «faictes à de certains serviteurs[744]», elle redouta sa colère et invita le duc d'Orléans à suspendre l'exécution de son ordonnance. Bientôt il fut crié dans les carrefours qu'afin d'engager le peuple à prier avec plus de ferveur pour la santé du Roi qui se rétablissait, à la demande de la Reine de France, de sa fille, la Reine d'Angleterre et du duc d'Orléans, «il n'y aurait point de nouveaux impôts[745]». On remarquera que le duc de Bourgogne n'était pas nommé parmi ces bienfaiteurs du peuple. Le 24 juin, par un jeu de la politique d'équilibre reprise par Isabeau, le gouvernement des aides était partagé entre les deux compétiteurs[746]; mais, peu de jours après, ceux-ci allaient se trouver placés sous le contrôle et dans la dépendance d'Isabeau.
[744] Religieux de Saint-Denis, Chronique de Charles VI, t. III, p. 29.
[745] Ibid., p. 35.
[746] Jarry, Vie politique de Louis d'Orléans, p. 267.