Quand Bourbourg eut capitulé et qu'on eut arrêté les préliminaires d'une trêve, qui, disait-on, serait le prélude d'une paix générale, Charles VI licencia son armée et adressa ses remercîments aux chevaliers étrangers[94]. Frédéric de Bavière se retira emportant un bon souvenir de l'aimable accueil des princes et de l'affabilité du Roi. Jusqu'au moment même de son départ, il avait été l'objet d'attentions particulières; à l'instigation du duc de Bourgogne, on venait de lui offrir une pension de quatre mille livres s'il consentait à devenir le vassal du roi de France[95]. En regagnant la Bavière, il passa par le Hainaut et le Brabant afin d'instruire son oncle Albert ainsi que le duc et la duchesse de Brabant de la mission dont il était chargé[96].

[94] Froissart.., liv. II, chap. CCXV, t. VIII, p. 471.

[95] Riezler, Geschichte Baierns, t. III, p. 128.—Une pension de quatre mille livres était servie depuis plusieurs années à Albert de Bavière. Pensionner ses voisins était un des moyens politiques de Charles V, qu'adopta aussi Charles VI. A. Leroux, Nouvelles recherches critiques... p. 111 et 112.

[96] Froissart... liv. II, ch. CCXXVI, t. IX, p. 96.—C'est alors que Guillaume Mauvinet et Ancel de Salins, chevaliers et conseillers du roi, furent envoyés en Brabant et en Hainaut; par lettres royales données à Amiens le 23 septembre «à la relacion de Messeigneurs les ducs de Berry et de Bourgogne», il était alloué à chacun des ambassadeurs «six-vins frans d'or... pour eulx aidier et deffrayer de missions et despens qu'ils feront oudit voyage». Bibl. Nat., pièces orig., Mauvinet, nº 8.

Quand Etienne III eut entendu de la bouche de Frédéric les propositions de la cour de France «il pensa moult longuement[97]»; puis il remercia son frère, convenant avec lui qu'il serait très glorieux que sa fille devînt reine de France, mais n'était-ce pas l'usage dans ce pays éloigné que la fiancée du Roi «fût regardée et avisée toute nue par dames à savoir si elle était propice et formée à porter enfant[98]?» Il se révoltait à la seule pensée que cette humiliante formalité serait infligée à sa fille et son orgueil s'irritait à l'idée qu'une princesse du sang de Bavière pourrait être déclarée stérile. Enfin, était-ce sûr qu'Elisabeth plairait au roi? Étienne n'admettait pas que son enfant lui fût enlevée pour lui être peut-être ramenée, et il conclut: «J'ai assez plus cher que je la marie à mon aise delez moi[99]». Frédéric fit connaître le refus d'Étienne au duc de Bourgogne et en avisa aussitôt le duc Albert et Madame de Brabant.

[97] Froissart.., liv. II, ch. CCXXVI, t. IX, p. 95.

[98] Ibid., p. 93.

[99] Près de moi. Froissart.., liv, II, ch. CCXXVI, t. IX, p. 95.

Les oncles du Roi cherchèrent alors parmi les jeunes princesses de l'Europe celle qui pouvait le mieux convenir à Charles VI. On pensa à la fille du duc Jean de Lorraine, à une princesse d'Autriche, à une fille de Lancastre[100]. Le Conseil royal était divisé: les uns tenaient pour le mariage autrichien, les autres trouvaient plus avantageuse l'alliance lorraine[101]; le duc de Bourgogne conservait quelque espoir de réussir en Bavière.

[100] Chronica Caroli Sexti, Chronique latine du Religieux de Saint-Denys... 1380-1422 dans la Coll. des Doc. In. sur l'Hist. de France, (éd. et trad. Bellaguet, Paris, 1839-1852, 6 vol. in-4º) t. I, p. 357-359.—Froissart.., ch. CCXXVI, t. IX, p. 96.—Juvenal des Ursins, Histoire de Charles VI (éd. Godefroi, Paris, 1653, in-fº) p. 57.