Les Officiers et les Dames de l'Hôtel de la Reine assistent aux fêtes données à la Cour; pour y paraître dignement, ils reçoivent des manteaux et des robes de gala; et, quand les réjouissances sont terminées, le Roi récompense par des présents, ceux de ses serviteurs dont il a remarqué la bonne tenue.

Isabeau, du reste, fait en faveur de ses gens, de fréquents appels à la générosité du Prince. Ainsi, son physicien, Guillaume de la Chambre, reçoit, le 31 décembre 1388, «pour ses peines en art de médecine» et pour l'accroissement de son mariage 500 francs d'or[300]. Sa femme de chambre, Femmette, partage avec son mari, Guyot de Fresnoy, «varlet de son hôtel», un don royal de 300 francs d'or pour «consideracion des bons et agréables services qu'ils ont faiz longuement à notre dicte compaigne, font encores continuelement chacun jour et attendons que ferons au temps avenir[301]» (2 juin 1391). Et quand est arrivé le jour des étrennes, la Reine fait à ses dames et damoiselles de riches cadeaux.

[300] Bibl. Nat. nouv. acq. fr. 3623, nº 104.

[301] Bibl. Nat. f. fr. 25 706, p. 292.

Sa libéralité envers les serviteurs qui la satisfont se double d'une certaine indulgence quand ils commettent quelque faute: Perrin le Tassetier, qui avait été au service de la Reine-mère, et qui, de la Maison du Roi, était passé dans celle de la Reine, fut convaincu d'avoir joué en usant de faux dés et pour ce fait, emprisonné au Châtelet. Isabeau fit délivrer le coupable «en consideracion de ses bons et anciens services[302]».

[302] Lettres de rémission du 11 janvier 1389. Arch. Nat. JJ. 135, nº 25.

Un autre de ses gens, très humble celui-ci, Jean Perceval, dit le Picart «povre homme poullailer», avait été chargé d'acheter huit douzaines de poulardes et autres volailles pour la Maison d'Isabeau, alors en résidence à Melun; et, sous prétexte qu'on lui en demandait un prix trop élevé, ne les avait pas payées. Les maîtres poulaillers de l'Hôtel de la Reine ayant refusé de recevoir cette marchandise qu'ils savaient être volée, Jean s'en alla vendre les volailles à Paris, pour son propre compte. Il fut pris, mis en prison. Isabeau, apprenant l'histoire, ne jugea pas que le cas fût pendable et même elle fit rendre la liberté au pauvre hère par une lettre de rémission[303].

[303] Arch. Nat. JJ. 140, nº 193.

Mais elle se montrait très sévère pour les délits graves. Elle n'admettait pas que ses gens violassent les propriétés d'autrui, et par prévoyance, elle veillait à ce que les officiers de son hôtel n'exerçassent pas le droit de prise sur les localités voisines de ses résidences, particulièrement sur les abbayes et les terres en dépendant. Le premier des actes de la Reine qui nous ont été conservés[304], est précisément son interdiction formelle de commettre le moindre larcin dans l'Abbaye de Longchamp[305] (8 février 1389).

[304] Arch. Nat. K 53 A, nº 79.