Elle pensait à Claude, non plus comme tout à l’heure, avec une complaisance attendrie. Elle voyait en lui la victime douloureuse du sacrifice qu’elle avait commencé de faire, qu’elle ne croyait pas si cruel, qu’elle redoutait d’achever...

La douceur de vivre, hélas! Qui peut la goûter, s’il s’embarrasse d’un haut idéal ou d’un grand devoir?... Marie, pourtant, l’avait entrevue, approchée... Elle le regrettait déjà!

Elle se sentit faible et triste devant un fardeau trop lourd. Et la tête appuyée à l’autel funéraire, les paupières baissées, les mains ouvertes comme pour une offrande, elle pleura. Alors deux mains timides effleurèrent ses épaules; elle sentit quelqu’un agenouillé près d’elle, qui faisait le geste de la saisir... Une voix murmura:

—Madame Marie!... Marie!...

Elle jeta un cri aigu et se trouva debout, d’un élan souple et rapide qui déconcerta Angelo.

Il restait, un genou dans l’herbe, gardant la main de Marie qu’il avait prise.

—Comment êtes-vous venu? Quelle peur vous m’avez faite! Mais relevez-vous donc!... Si l’on vous voyait!...

Elle essayait de rire. Angelo ne riait pas. Il regardait Marie d’un air sombre et passionné.

—J’étais dans la villa de Cicéron quand vous avez passé. De loin, je vous ai suivie, et je n’osais pas vous rejoindre, parce que ma présence malheureuse vous irrite... Mais je vous ai vue si triste, tout à l’heure, que le courage m’est venu... Madame Marie, soyez bonne, soyez généreuse! Écoutez-moi...

—Je vous écouterai quand vous serez debout, dit Marie qui reprenait son sang-froid. Nous pouvons causer en revenant à l’auberge et...