—Claude n’a pas été indiscret... Mais j’avais eu quelque petit soupçon, l’année dernière, et la tristesse de notre ami, sa crise d’anarchie morale, l’antipathie furieuse que lui inspire ce pauvre Angelo, m’ont donné une certitude... Vous vous aimez, et, toi, petite lâche, tu as pris peur, tu t’es enfuie!

—C’est vrai! J’aime Claude...

Marie n’a pas su mentir. Elle ne rougit pas et fixe sur Isabelle des yeux si tranquilles, si transparents, que madame Van Coppenolle est toute déconcertée.

—Ma pauvre amie! Je vous plains tous deux. Ton caractère, tes idées, ton rigorisme, s’accordent mal avec l’amour irrégulier... je ne dis pas «coupable»... Que deviendrez-vous?

—Dieu le sait! J’espère qu’il nous pardonne un sentiment involontaire et qu’il nous défendra du mal, à cause de notre bonne volonté.

—Tu es résignée, toi! Et Claude?

—Claude se résignera.

—Non. Il souffre trop!

—Il souffre? fit Marie, douloureusement... Malgré ma tendresse, mes lettres quotidiennes, ma fidèle pensée qui le suit toujours?... Belle, j’ai fait tout ce que je pouvais faire!...

—Tu crois?