Toutes les voix, unies, clamèrent joyeusement:
—Sona, chitarra! Sona a serenata!
Au même instant, une crépitation retentit et une belle fusée pourpre monta dans le ciel, décrivit un arc et s’effeuilla en étoiles, tandis qu’une autre fusée, verte, s’élevait et laissait une trace phosphorescente. Les mandolines vibrèrent pendant que les fusées se suivaient, sans interruption. Les figures des Allemands et des Norvégiens apparurent, colorées par un feu de Bengale, et le mystérieux chanteur, rejetant son manteau romantique, s’avança, le feutre à la main, sous la terrasse. Il cria:
«Evviva donn’ Isabella!...»
L’acclamation fut répétée par tous les Italiens qui prenaient, spontanément, un rôle dans cette scène, avec le sens comique et plastique de leur race. La cuisinière et le garçon cueillirent des glycines aux treilles du jardin; quelques galopins du voisinage, qui s’étaient glissés dans la cour, pillèrent les rosiers grimpants. Un tourbillon de pétales monta vers Isabelle et Marie. Elles tournaient la tête et fermaient les yeux, mais leurs cheveux, leur cou, leur gorge, étaient pleins de feuilles soyeuses, et la jolie Luisella en recevait sa part.
Quand cessa l’averse odorante, Isabelle se pencha sur le rebord de la terrasse et tendit la main à celui qui, pour fêter sa venue, avait, seul, en quelques heures, organisé cette fête charmante.
—Grazie a voi, don Angelo!
Son accent étranger, hésitant, prêtait aux mots italiens une nouveauté amusante pour Angelo. Il tendit la main, mais la terrasse était haute et les doigts qui s’effleuraient ne se touchèrent pas.
Les deux jeunes gens restèrent ainsi une longue minute! Le reflet mobile des fusées leur révélait leurs visages, puis l’ombre revenait comme un voile qui n’éteignait pas l’éclat des yeux.
—Vous êtes trop loin, dit Angelo. Je n’aurai pas ma récompense...