—Ah! si nous trouvions jamais le trésor! disait la Napolitaine.
Elle proposa d’aller au jardin:
—Vous verrez l’atelier de mes fils... Angelo est sorti...
Isabelle feignit de craindre le soleil. Ce n’était pas avec donna Carmela qu’elle voulait revoir le jardin.
Elle était déçue, presque offensée, qu’Angelo n’eût pas guetté son réveil... Des pensées lui vinrent, tristes et menaçantes; elle se souvint des séducteurs de romans qui méprisent leurs victimes au lendemain de la séduction... Et elle eut envie de pleurer.
A la collation d’une heure, quand Angelo parut, avec l’oncle curé, elle fut rassurée par le regard qu’il lui jeta,—un regard si mélancolique! Il évitait de lui parler directement et il affectait même une froideur exagérée, mais elle le sentait bouleversé jusqu’à l’âme et presque malade de passion.
Alors, pour réagir contre le malaise amoureux qui l’envahissait, elle s’étourdit de paroles et demanda à l’ancien parocco de Saint-Pierre-Apôtre l’histoire du trésor. Don Alessandro ne savait pas le français, mais sa belle diction de prédicateur aidait Isabelle à l’entendre. Il avait un masque de vieux Campanien, grave et affable, une couronne de cheveux très blancs, des yeux noirs encore vifs, des dents intactes, une soutane usée qu’il déboutonna sur son gilet et sa culotte et qu’il enleva complètement au dessert. Il faisait de beaux gestes sur de belles phrases cérémonieuses, des phrases drapées comme une toge et qui avaient le son du latin. Et, dans ses discours et ses actions, il montrait la charmante bonhomie italienne.
Elle était très compliquée, l’histoire du trésor! Isabelle comprit seulement que toute la famille di Toma vivait d’espérance et jouissait, par l’imagination, des fabuleuses richesses cachées dans le palais Atranelli. Et l’amante s’attendrit en songeant que son Angelo était pauvre... Claude Delannoy aussi était pauvre, mais il supportait mal la médiocrité et, dès ses vingt ans, il avait travaillé sans relâche, âprement, car, dans la bourgeoisie flamande, l’homme qui fait sa fortune lui-même est le vrai héros, le seul qu’on estime et qu’on admire. L’esprit utilitaire de la race dédaigne les faibles, les rêveurs, comme des parasites sociaux. D’ailleurs, on dépense magnifiquement l’argent qu’on gagne... Isabelle s’étonnait donc qu’Angelo supportât gaiement la pauvreté et qu’il préférât à un métier lucratif des travaux mal payés, les combinaisons de la loterie et l’attente hasardeuse du trésor.
—Pour moi, disait le prêtre, je suis assuré de ne jamais manquer du nécessaire, par une faveur spéciale du bon Dieu.
—Vous avez une pension, don Alessandro?