Elle conduisit Marie dans la chambre immense dont la fenêtre était encore ouverte.
—Vois cet admirable pays!... Respire les orangers... La lune décroît, mais sa lumière est plus vaporeuse... Emplis tes yeux de cette belle nuit, avant que je ne ferme les volets... Vivre ici, c’est la moitié du bonheur. Être aimée ici serait le bonheur tout entier... Ah! petite Marie, si Claude soupçonnait le charme des nuits de Ravello, il ne serait pas en Flandre...
Marie éclata en sanglots:
—Tais-toi, Belle!... Si tu savais!...
Elle se jeta au cou d’Isabelle qui oublia son égoïste souci. Tant de fois, Marie l’avait consolée!... Avec une tendresse de sœur, madame Van Coppenolle interrogea la jeune femme éperdue.
Marie parla dans un flot de larmes. Une lettre de sa mère lui avait appris, le matin même, qu’André Laubespin était malade, à la suite d’un accident d’automobile. Sa vie n’était pas en danger; mais, très déprimé, très pessimiste, il se croyait perdu. On l’avait transporté d’abord chez sa maîtresse, puis dans une maison de santé. Le médecin-directeur, qui était son ami, avait reçu ses confidences et l’expression formelle de son désir: revoir Marie, mourir pardonné.
—Et voilà la cause de tes larmes! fit Isabelle, stupéfaite... Pardonne à André, si le cœur t’en dit. Le pardon ne t’engage à rien... Si André doit mourir, il mourra plus tranquille; s’il ne meurt pas, vous penserez l’un à l’autre, sans inimitié. Claude n’exige pas, je suppose, que tu haïsses ce pauvre Laubespin, qui n’est pas un mauvais diable, quoique tu sois trop angélique pour lui... A moins que... mais non, je me trompe!... Tu n’as pas un regain d’amour conjugal?
—Non, dit Marie en essuyant ses yeux. Je n’aime plus André. Il est sorti de ma vie, sorti de mon cœur, sorti même de mon souvenir... Je revois son visage effacé, vague comme celui d’un mort. Et quand je me dis: «C’est mon mari. Je suis sa femme», ces mots ne correspondent plus à aucune réalité... Mon mariage me semble aussi lointain que mes souvenirs d’enfance... Je comprends maintenant que je n’ai pas aimé André d’un amour véritable, que mon affection de petite fille ingénue ne pouvait le rendre heureux... Les hommes demandent aux femmes un autre amour que je ne pouvais donner, et qui même, je l’avoue, me faisait horreur... André a eu de grands torts, mais il n’était pas sans excuses.
—Il a fallu que tu ailles à Pompéi pour comprendre les raisons de votre désaccord et trouver des excuses à monsieur Laubespin!...
—Peut-être, dit Marie en rougissant.