—Comme les voyages instruisent la jeunesse!... Je devine que ton petit cœur somnolent, un peu troublé par Claude, s’est éveillé dans la douceur de ce pays... Tu reviendras plus amoureuse qu’au départ... Angelo dirait que la grâce de Vénus t’a touchée...

Le beau rire d’Isabelle fit redoubler les pleurs de Marie.

—Que tu es enfant! Tu pleures, parce que tu aimes?... Et le moyen de ne pas aimer, quand on a ton âge, ta beauté, ton âme charmante, quand on est tendrement chérie par Claude, quand on pense à lui dans le plus doux pays du monde? Ah! les courtes nuits d’été, à Naples, lorsqu’on est amoureuse, et seule, sont plus longues que les nuits d’hiver, à Courtrai?...

—Ne me suggère pas des pensées qui me feraient honte!... Mon amour ne peut exister que s’il est pur... De toutes mes forces, je repousse la tentation...

—Mais tu la subis?

—Hélas! j’ai été trop orgueilleuse... Dieu me punit... Oui, je souffre, Belle, je souffre de mon amour et de ma solitude... Mon cœur dormait peut-être, mais il rêvait un très beau rêve de tendresse idéale et de pureté... Il s’est éveillé dans cette Italie trop douce, pour la lutte et la douleur... C’est affreux!

—Non, ma chérie, c’est bien beau et bien touchant, dit Isabelle, redevenue sérieuse... Mais tu ne vas pas jouer au naturel les héroïnes de Corneille... Il faut prendre un parti... André t’a préféré une autre femme; il a des regrets et même du repentir... Tant mieux ou tant pis pour lui!... Pardonne-lui de loin. Il ne mourra pas, et vous divorcerez, à l’amiable, proprement et gentiment... Est-ce qu’un honnête divorce, suivi d’un honnête mariage, ne vaut pas mieux qu’un amour étouffé, comprimé, qui te détraquera et qui sera tout de même un adultère sentimental?

Elle croyait que cette idée du divorce révolterait Marie... Mais Marie appuya sa tête contre la vitre et recommença de pleurer. La lune dédorait ses cheveux, pâlissait ses joues où glissaient des gouttes brillantes. Ce n’était plus la sage Marie, droite et rigide comme un lys, la Marie mystique et raisonnable qui tenait en ordre son âme et sa maison, heureuse de peindre sur parchemin les anges et les madones et d’écouter les carillons flamands.

—Divorcer!... C’est la tentation la plus forte. Je la repousse; elle revient. Être libre, épouser Claude, vivre, moi qui n’ai pas vécu, avoir un foyer à moi, des enfants...

—Mais tu n’as qu’à vouloir!...