Isabelle piquait ces petites phrases, comme des flèches, dans la conscience douloureuse de Marie, et elle voyait sa cousine tressaillir aux mots de «maîtresse» et d’«adultère».
Il y eut un silence de quelques secondes. Marie, les yeux fermés, semblait souffrir. Elle dit enfin, très doucement:
—Tu as raison. Je n’ai pas le droit de te juger... Moi aussi, j’ai connu la tentation... Moi aussi j’ai subi le mauvais enchantement de ce pays et j’étais prête à renier tout ce qui n’était pas mon amour... Il y a une heure à peine, j’étourdissais ma conscience avec un tas de sophismes hypocrites... Je ne distinguais plus mon devoir qui est pourtant bien simple et bien net... J’étais grisée, et la griserie durait depuis des mois... Mais c’est fini... Je crois que je retrouverai la force du sacrifice...
Isabelle regrettait déjà sa violence. Elle balbutia:
—J’ai parlé sans réfléchir, Marie. Ton mépris m’avait exaspérée... Pourquoi changer d’avis?... Tu aimes Claude; il t’aime; je souhaite votre bonheur... Si tu ne veux plus me connaître, moi je n’oublierai jamais notre amitié, et, divorcée ou pas divorcée, tu me seras toujours chère...
Marie la prit dans ses bras:
—Ma pauvre Belle! pourquoi ne te connaîtrais-je plus?... Tu as commis une faute, mais je t’aiderai à la réparer... A deux, nous serons plus fortes pour les jours tristes qui vont venir... Donnons-nous du courage, l’une à l’autre... J’en aurai besoin, autant que toi... Veux-tu que nous retournions dans notre Flandre? Tu reverras tes petits; je reverrai ma vieille maman... Chacune fera son devoir, comme elle pourra, et, quand nous aurons du chagrin, nous pleurerons ensemble...
Isabelle ne répondait pas. Marie la pressa longtemps, avec les paroles les plus affectueuses, les plus émouvantes, sans obtenir aucune promesse. Madame Van Coppenolle détournait la tête, dérobait ses mains, balbutiait...
Elle dit enfin:
—Non, Marie... Ne me demande pas ça... Je serais capable de te quitter en route et de revenir.