L’eau verte des larges yeux se troublait, pleine de souvenirs et d’images, comme ces flaques marines où des herbes dénouées et des bêtes grouillantes brisent, en remous, le reflet du ciel... Ils ne regardaient plus Marie, ces yeux nuancés et cernés par la nuit amoureuse. Invinciblement, ils regardaient vers le mur de gauche, et ils voyaient, réellement, une chambre obscure et petite, un jeune homme endormi...

—Je ne peux pas...

—Il faut pouvoir, Belle!

—Je ne veux pas... Je n’ai ni la force, ni le désir de renoncer au seul être qui m’aime.

Une colère passa dans sa voix.

—Tu me parles de m’en aller demain!... tu feins de croire que je regrette ma faute!... Ma pauvre Marie!... Si tu savais!...

Elle rejeta ses cheveux avec un grand geste d’orgueil et ses joues pâles s’enflammèrent.

—Tant pis! je dirai la vérité brutalement. L’hypocrisie est inutile, puisque tu as surpris mon secret... Ma faute, c’est le seul bonheur que j’ai eu, c’est le fruit que j’ai volé, parce que je mourais de soif et de faim, et dont je garderai le goût délicieux jusqu’à l’heure de ma mort! C’est ma revanche sur le mari qui m’a prise, presque enfant, comme une femelle, pour que je lui fasse des petits; qui m’a gâté l’amour, gâté la maternité, gâté la famille, qui m’a dominée, humiliée, ennuyée effroyablement, et jamais, jamais aimée! Non, non, je ne regrette pas ma faute! Je ne regrette que ma lâcheté de tout à l’heure, mes larmes, la défaillance de mes nerfs... Rien ne m’empêche de dire que j’ai été heureuse et que cent mille ans de purgatoire ne paieraient pas les jours que j’ai vécus à Ravello!...

—Tais-toi! C’est abominable! Tu te glorifies de ton adultère!

—J’ai été aimée comme tu ne seras jamais aimée!