Le ciel de Flandre! Ce n’est pas l’écran bien tendu où les rochers, les villes, les phares, les bateaux, se découpent en masses ou en silhouettes, belles de leur propre beauté. C’est un fluide vivant, une âme éthérée qui joue sur le pays sans relief, sans couleur et sans caractère et lui fait, avec des ombres et des reflets, un visage expressif et changeant comme les heures. Les vieux peintres qui lui donnaient presque toute la place dans leurs tableaux, qui le faisaient si vaste, si tourmenté, si tendre, au-dessus des pâturages et des dunes grises, ces peintres savaient bien qu’on ne regarde la terre mouillée, la mer livide, et l’arbre tordu, et le moulin, qu’à cause de lui, le ciel!

Par ce jour d’automne, il semblait immense. Sa large courbure, ne trouvant pas de colline où s’appuyer, tombait derrière l’horizon, enveloppant toute la campagne et se confondant avec elle. A la limite de son cercle, il absorbait les formes lointaines des cités, beffrois, clochers, vaisseaux d’église, et les fûts des cheminées colossales, et les croix tournantes des moulins. Parfois, une goutte de bleu trouait sa blancheur uniforme et se diluait aussitôt dans l’épaisseur vaporeuse. Et l’on sentait la présence du soleil languissant à une espèce de clarté transfuse, à un insensible frisson pâle qui se propageait avec lenteur dans les couches superposées de la brume.

Et, passé midi, quand le train fut à Courtrai, le soleil, plus fort, glissa un rayon amorti comme un sourire de religieuse. Claude, voyant Isabelle inquiète, lui dit:

—Le soleil vous salue. C’est un bon présage.

Elle descendit la dernière, embarrassée de sa fourrure et de son sac. Frédéric Van Coppenolle s’approcha d’elle.

Il était grand, non pas gros, mais empâté par la quarantaine. Ses cheveux cendrés, ses yeux gris, son allure lourde, son apparence lymphatique, lui donnaient, au premier examen, l’air bonhomme et même bonasse... Dès qu’on lui parlait en face, le regard coupant, la voix brève, déconcertaient l’interlocuteur... Et peu de personnes s’avisaient de le contredire sans nécessité.

Une seule y trouvait quelquefois du plaisir: c’était Isabelle, dans ses mauvais jours de rancune et de caprice.

Les deux époux se tendirent la main d’un geste simultané. Ils ne s’embrassèrent pas. La curiosité de la foule était odieuse à M. Van Coppenolle.

Il demanda:

—Tu vas bien?... Pas fatiguée?...