—Non, pas fatiguée du tout... Et toi?... les enfants?... ta mère?
Isabelle prononça ce dernier mot avec effort.
—Moi, je vais bien, comme toujours... Je n’ai pas le temps d’être malade. Jacques est enrhumé... Ma mère le soigne...
Isabelle rougit.
—Elle pourra se reposer, maintenant. Je me chargerai du petit... C’est bien naturel.
—Très naturel, en effet.
Ensuite, M. Van Coppenolle remercia Claude et Marie d’être venus. Il était poli, peut-être sincère, car la présence des deux jeunes gens rendait plus facile la rentrée d’Isabelle au bercail. Les explications délicates étaient retardées ou empêchées. Et cela valait mieux pour tout le monde.
Les Van Coppenolle habitaient, rue des Grandes-Halles, un hôtel tout neuf, en style moderne allemand qui était une chose hideuse. M. Guillaume Wallers l’ayant visité, une seule fois, en conservait un souvenir vivace comme d’une injure personnelle. Bien qu’il estimât Van Coppenolle, il ne pouvait lui pardonner la façade boursouflée et bariolée, la porte en «crapaud bâillant», la véranda ronde comme un œil de cyclope et le dévergondage du toit qui mariait indécemment le pignon gothique au dôme byzantin, et la mansarde française à des ornements de faïence et de brique vernissée!
Frédéric Van Coppenolle, exprimant en pierre, en plâtre et en stuc, sa théorie la plus chère, avait élevé ce monument à la Modernité!
—C’est une infirmité spirituelle et un signe d’impuissance et de vieillissement que de vouer aux reliques du passé une adoration superstitieuse, disait-il. Je ne m’habille pas, je ne me nourris pas, je ne me soigne pas, je ne pense pas comme mon grand-père. Pourquoi me servirais-je de sa vieille maison et de ses vieux meubles qui ne correspondent plus à mes goûts et à mes besoins? Est-ce qu’il s’est gêné, lui, pour démolir la bicoque de son aïeul et remplacer le mobilier du dix-septième siècle par un solide palissandre dans le goût de la Restauration?... Mes petits-enfants jetteront bas l’hôtel que je construis, et, d’avance, je les approuve...