La petite chambre de madame Vervins, basse de plafond, avait deux fenêtres sous des stores empesés. Des rideaux en calicot blanc dissimulaient la couchette de l’alcôve. Un Christ d’ivoire et d’ébène dominait le prie-Dieu et, sur la cheminée, il y avait une Vierge en plâtre.
Réverbérée par ces blancheurs, la froide lumière se concentrait sur le fauteuil garni d’un oreiller blanc. Madame Vervins, renversée dans l’oreiller, était rigide, immobile et diaphane. La cloison des narines semblait traversée par le jour; les paupières baissées étaient fines comme des pétales flétris; et cette tête de vieille femme, sertie d’argent par deux minces bandeaux, était déjà une chose précieuse et digne du reliquaire.
Marie s’agenouilla près du fauteuil et baisa la main délicate et desséchée. Elle parla tout bas, comme à l’église.
—Je vais partir très loin, avec mon père... J’ai désiré vous revoir et vous demander une pensée, une prière pour moi...
Et plus bas encore:
—Pour moi et pour ceux que j’aime. Vous que Dieu écoute, obtenez pour moi... pour eux... la paix!
Elle prononça ce mot avec une gravité douloureuse, parce que les êtres jeunes préfèrent le bonheur à la paix, et que Marie n’osait demander le bonheur.
Madame Vervins regarda les beaux yeux tristes qui la suppliaient et elle répondit:
—Je prierai pour toi.
Une douceur indéfinissable se répandit comme une onde sur le visage ciselé par la mort prochaine.