Le comte Arfano, sec comme un Arabe, l’œil aigu et la main fine, parlait français et même parisien, tandis que l’ami Gramegna, blondasse et pâle, avec de grosses lèvres, commençait des phrases pénibles qu’il achevait toujours par un geste. Et le maître de musique, tout noir, les poignets velus, les cheveux plantés bas sur le front, bas sur la nuque, roulait des yeux de charbon et ne soufflait mot.

Marie, intimidée, s’assit dans l’unique fauteuil et pria ces messieurs de ne pas jeter leurs cigarettes. Ils la regardaient avec cette curiosité caressante des méridionaux qui paraissent toujours un peu amoureux de toute femme jolie. Et le comte Arfano se mit à parler des Françaises. Il vanta leur élégance spirituelle, leur grâce «plus belle que la beauté», leur habileté merveilleuse à mettre en valeur tel ou tel détail de leur personne, l’heureuse légèreté de leur caractère qui les défend des passions vives et les conserve jeunes jusqu’à cinquante ans.

Il traçait ainsi l’image de la mondaine égoïste, intelligente et capricieuse, peu de chair dans beaucoup de chiffons, peu de tendresse dans beaucoup d’ironie. Il généralisait, confondant la Parisienne et la Française. Et son accent était si câlin, son regard si amène, que ces mauvais compliments, étaient tout de même des compliments, et qu’il semblait, en critiquant les Françaises, leur faire—à elles toutes et à Marie en particulier—une déclaration d’amour.

Avant que Marie eût protesté, il se leva pour partir, et baisa la main de la jeune femme, d’un air passionné et respectueux, tandis que Salvatore tâchait de le retenir:

—Eh! diable, il n’est pas si tard, comte... cher comte...

Le cher comte était déjà parti.

Angelo déclara:

—Eh! laisse, Tore... Il me déplaît, cet homme! Il n’a dit que des sottises... Et puis, je n’aime pas ses yeux...

Le maître de musique et le gros Gramegna tressaillirent et firent, ensemble, un signe conjurateur.

—Crois-tu, Angè?... qu’il serait... jettatore?...