—Eh! ce n’est pas la même chose...
Il est sérieux, Salvatore, et donna Carmela pensait aussi que le travail d’Angelo était plus précieux, plus attendrissant que le magnifique labeur de Salvatore. Et Marie, un peu indignée de cette injustice, comprit qu’il ne fallait pas insister... Donna Carmela, femme excellente, au cœur puéril et pur, chérissait son fils cadet en vraie Latine, amoureuse de l’homme et surtout de l’homme qu’elle a fait. La tendresse maternelle chez les femmes de cette race est très instinctive, très physique; elle a la violence de l’amour... Donna Carmela était folle, depuis vingt-cinq ans, folle de passion pour ce fils qui était elle-même, recréée, élevée à la dignité masculine, rajeunie, embellie, adorée...
—Maintenant que je vous ai vue, dit Marie, je me sauve. Je vais visiter les magasins de Chiaia et, demain, la couturière viendra prendre mes mesures ici.
—Permettez que je vous accompagne? demanda Salvatore timidement.
—Bien volontiers. Il me faut des gants, des chaussures...
—Eh! n’allez pas à Chiaia! Tous ces marchands sont des voleurs... ils dépouillent l’étranger. Je vous conduirai chez d’honnêtes gens, qui sont de mes amis, et qui vous vendront des choses splendides, pour rien, pour le plaisir... Ils m’aiment d’une amitié extraordinaire, ces hommes-là!
Marie, confiante, suivit Salvatore. Ils prirent un tramway jusqu’à San Ferdinando et remontèrent à pied vers la place Dante, par l’ancienne rue Toledo. Les promeneurs et les badauds foisonnaient devant les charcuteries, les boutiques de journaux, les salons de coiffure, les débits de tabac où l’on vend les billets de lotto.
—Votre sac? disait Salvatore... Tenez-le bien... Cachez votre chaîne de montre...
—Il y a des voleurs?
—Eh! qui le sait?... A Naples, il y en a toujours!...