—Parce que j’avais un cœur très timide, craintif même, et scrupuleux... et puis des idées à moi... et je voulais toujours les mettre en pratique, mes idées!... J’appartenais au peuple, où les honnêtes filles ne sont pas, forcément, des ingénues... Je savais comment vivent les hommes avant leur mariage, et j’avais vu beaucoup de femmes, séduites, lâchées, qui tombaient... je savais où... Alors je m’étais promis d’épouser un jeune homme qui... que...

Une chaste rougeur couvrit la figure de mademoiselle Bon.

—... qui n’aurait jamais profité de la misère, de la faiblesse de ces malheureuses, pour... vous comprenez!... un jeune homme pur comme moi-même... Et je ne l’ai pas rencontré.

—Et vous n’avez pas aimé?

—D’amour? non... J’ai aimé mes parents, mes amis, mes idées, les malheureux... J’ai aimé beaucoup de gens et beaucoup de choses... Et j’ai gardé mon petit rêve intact, ni brisé, ni sali... Mais je n’en parle jamais à personne et c’est bien la première fois...

Josanne embrassa mademoiselle Bon:

—Ah! mademoiselle, cela me fait du bien, de vous entendre...

—Et cela me fait plaisir, à moi, de vous réconforter.

La vieille fille tourna un bouton électrique, et, dans la vive lumière blanche, elle observa le visage amaigri, les yeux cernés, la bouche triste de Josanne. Une pensée naissait dans son esprit, qu’elle n’osait formuler.

—Je suis sûre que vous mangez n’importe quoi, à n’importe quelle heure, et que vous restez chez vous, à rêvasser... Je n’aime pas cela... Votre petit garçon va bien?