—Très bien.

—Il faudra le reprendre.

—Oui... bientôt... Il aura cinq ans au mois d’avril... Je pourrai l’envoyer à l’école... Il me faudra une domestique, au moins quelques heures par jour... Cela coûte cher, et je dois de l’argent à ma tante Miracle... Elle n’est pas riche, et elle m’a généreusement prêté une assez grosse somme quand je me suis réinstallée à Paris. Alors je fais des économies, j’attends...

—Tâchez de vous distraire... Venez aux réunions de la Fraternité.

Josanne n’était pas très enthousiaste de la Fraternité féminine, petite association féministe, socialiste et révolutionnaire, où de grosses dames moustachues et de maigres illuminées s’appelaient héroïquement «citoyennes» et votaient des ordres du jour flétrissant le parlement bourgeois.

Elle répondit:

—Je n’ai pas le temps... Je lis, j’essaie de m’instruire... et je fais mes robes moi-même, vous savez... Plus tard, je louerai un piano. Je me remettrai à la musique... Je n’étais pas une trop mauvaise musicienne, autrefois... J’ai même donné des leçons.

En prononçant ces mots, elle revit le salon de madame Grancher, et les gens qui dansaient, et Maurice, dans un coin, près d’elle. Il disait tout haut: «Bonsoir, madame», et, tout bas: «Je vous aime...»

Maurice... Comme il avait troublé sa vie, depuis un mois, depuis le fatal entretien qu’elle n’avait pas su rompre!... Elle était maintenant dans l’angoisse perpétuelle de l’attente.

Il n’était pas venu: elle espérait qu’il ne viendrait pas. Sa curiosité satisfaite, sa conscience rassurée, il s’était laissé reprendre au charme de sa vie nouvelle... Près de sa jeune femme, il avait oublié la maîtresse, l’enfant et le dangereux désir qui l’avait un soir, ramené vers Josanne... C’était un garçon prudent.